mardi 19 juin 2012

Relais pour la vie, relais pour la sympathie

Tiens, une bonne cause me suis-je dit.  Une belle façon de joindre l'utile à l'agréable.  On fait de l'exercice tout en ramassant de l'argent pour la recherche sur le cancer.  On sait jamais, cet argent pourrait permettre de découvrir enfin la façon sûre de guérir cette maladie.  Je n'ai jamais fréquenté des gens atteints de cette maladie.  Je sais qu'ils existent.  Je sais qu'ils sont plusieurs.  Mais je crois que je n'ai jamais eu le courage de les rencontrer, de jaser avec eux.  Pour moi, ces gens représentent ce que je ne veux pas vivre moi-même.  Je ne veux pas être atteint de cette maladie ni qu'un proche en soit atteint non plus.  Alors dans ce cas, pourquoi je ne jouerais pas à l'autruche et faire semblant que cette maladie ne touche que les autres...pas moi, pas mes proches.

En participant au relais pour la vie, je savais bien que les risques étaient grands de côtoyer ou même de placoter avec des gens atteints de cette maladie.  Mais je m'étais dit, au pire je n'ai qu'à me tenir loin d'eux.  Je pourrai donc continuer de jouer à l'autruche.

La journée a donc bien commencé.  J'ai fait un peu de bénévolat.  Plier des chandails et les mettre dans des sacs en compagnie de d'autres trucs.  Facile.  Pas de personnes atteintes du cancer en vue.  Tout va pour le mieux.  Puis, dans le but évident d'être en mesure de passer la nuit debout à marcher et dans l'état flagrant de manque d'énergie que je suis présentement, je décide de retourner chez moi pour dormir.

Ma sieste terminée, je retourne sur le site en ayant très hâte que la marche débute.  Plusieurs étapes débutent cette marche.  Le blabla protocolaire habituel, l'hommage à des personnes disparues (que je ne connais pas bien sûr) et échauffements avant de débuter la marche.  On envoie quelques colombes dans les airs et après la marche des survivants débute.  C'est à cet instant que pour moi tout bascule.  Ces gens sont des êtres humains comme moi.  Certains combattent la maladie.  D'autres ont combattu et s'en sont sortis.  Je les vois défiler devant moi, le cœur gros de tout cet amour qu'ils reçoivent le long du parcours.  Les larmes aux yeux, ils marchent accompagnés de leur aidant.  Cette personne qui les aide à passer au travers qui se trouvent parfois à être un ami, un conjoint, une conjointe, un frère, une sœur ou un proche parent.  Je m'en voudrais de passer sous silence le rôle des aidants.  Ces personnes, trop souvent oubliées, qui se donnent corps et âmes pour des gens qui souffrent d'une quelconque maladie et je ne parle pas nécessairement juste du cancer. Ces personnes sont souvent sans ressources n'ont d'aide de personne et méritent toute notre admiration.

Pour certains survivants, la marche est difficile car ils sont à bout de souffle de leur combat.  Parce que c'est trop difficile.  Mais ils sont là et en vie et pour eux c'est tout ce qui compte.  Je sens soudainement en moi un tsunami d'émotions m'envahir.  Les larmes me montent aux yeux.  Je suis là et je ressens enfin une grande sympathie pour ces gens.  Qui ne méritent sûrement pas l'isolement dans lequel je les ai toujours placé.  Moi et d'autres personnes j'en suis sûr.  Au contraire, ces gens qui sont comme vous et moi, m'apparaissent plus comme des héros.  Qui méritent toute notre sympathie, notre amour et nos encouragements.  Comme les autres, je les applaudis au passage. Non pas parce qu'ils sont des vedettes mais bien pour les encourager et leur démontrer que je suis de tout cœur avec eux.  Soudainement, je réalise que je suis là pour d'autres raisons que de faire de l'exercice et ramasser de l'argent.  Je suis là bien plus pour les supporter, les aimer et les encourager à continuer le combat.

Puis la marche débute, cette marche qui dans mon cas, me fera puiser dans mes moindres ressources. Durant la marche, on allume alors les luminaires.  Ces luminaires sont dédiées à des personnes qui combattent le cancer et à d'autres qui ont perdu leurs combats.  J'allume un luminaire à la mémoire de Jean-Claude, une personne que je connais à travers quelqu'un qui m'est très cher, une personne qui a perdu son combat et qui soudainement, m'apparait plus proche.  Ces luminaires éclairent notre marche qui durera ainsi jusqu'à l'aube.

Cette expérience m'a transformé et qui sait, peut-être un jour je serai atteint de cette maladie ou un de mes proches en sera atteint.  Dans cette éventualité, je serai donc prêt à faire ce qui doit être fait.  Car maintenant je sais.  D'ici là, je continuerai à participer au relais pour la vie dans la mesure ou ce sera possible pour moi de le faire.  Non pas juste pour amasser de l'argent et faire de l'exercice mais aussi pour que les gens atteints de cette maladie sentent que nous sommes là pour eux.

2 commentaires:

Anonyme a dit...

Comme toujours Sylvain tu a visé juste. Tes mots me vont droit au coeur. C'est tellement beau et pour certaines personnes tellement vrai. On a peur d'avoir mal ou de voir les autres avoir mal. Par contre, c'est la vie et la vie c'est des hauts et des bas. Merci de m'avoir accompagner pour cette nuit remplie d'amour et de solidarité. Carole

Anonyme a dit...

Il m'a fait grand plaisir de te rencontrer Sylvain, je travaillais avec Carole aux gilets.

C'est toujours de gaieté de coeur, que je fais ce travail. Tu as bien décrit ce qu'est le relais pour la vie et je t'en remercie. Albert